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À Londres, le design de l’artiste Ron Arad brave le lustre conventionnel
par Thom Loree
Revue Nickel, juin 2007 -- Au début des années 1980, un jeune israélien nommé Ron
Arad a ouvert un magasin d’art dans le Covent Garden, à Londres. Les foules ont été immédiatement
attirées par les objets ingénieux et originaux, tels que des sièges d’automobiles, montés sur des tubes
d’acier ou récupérés d’une Rover 200 oubliée dans un parc à ferraille et installés sur une base fabriquée à
partir d’un échafaudage plié et datant des années 1930, sans oublier un stéréo et des haut-parleurs encastrés
dans des blocs de béton. À l’époque, l’utilisation libre de matériaux jetés au rebut faisait fureur parmi les
designers à Londres, mais le style de M. Arad dénotait un enjouement particulier qui, selon l’un des
critiques, était « inspiré à la fois de la haute technologie et du préfabriqué ».
Neuf ans plus tard, l’artiste a fondé la société qui porte son nom, Ron Arad Associates (RAA),
conjointement avec Caroline Thorman, dans l’immeuble qu’il occupe actuellement à Chalk Farm, au nord de
Londres.
M. Ron Arad est aujourd’hui en forte demande, puisqu’il s’est avéré être l’un des architectes et designers
industriels les plus influents au monde. Parmi ses œuvres les plus célèbres, citons sa bibliothèque aux
formes sinueuses intitulée Bookworm (1994) – cette pièce, qui avait été créée initialement à la
suite d’expériences avec de l’acier revenu, est devenue un succès pour la société de design italienne
Kartell – et la salle d’exposition du siège social de Maserati (Modena, Italie) (2003). M. Arad a
exposé ses œuvres dans les grands musées et les principales galeries d’art un peu partout dans le monde, y
compris au Centre Pompidou (Paris, France), au Metropolitan Museum of Art (New York, États-Unis), au
Victoria & Albert Museum (Londres, Angleterre) et au Vitra Design Museum, dans le
sud-ouest de l’Allemagne.
Depuis la fin des années 1980, l’artiste non conformiste a fait libre usage d’acier inoxydable à teneur en
nickel tant dans ses travaux artistiques qu’architecturaux. « Ça varie d’une pièce à l’autre, mais j’utilise
souvent de l’acier S31600,
affirme-t-il. Comme nous voulons maintenir les qualités de ces pièces lorsqu’elles sont exposées aux
intempéries, la résistance à la corrosion de l’acier inoxydable constitue certainement un avantage. Nous
l’utilisons aussi en raison de sa maniabilité : on peut le couper, le plier et le souder.
« Ce qui est encore plus important, ce sont les reflets qu’on peut obtenir, ajoute-t-il. L’apparence,
c’est vraiment un élément essentiel. On peut réaliser des surfaces polies et uniformes qui reluisent comme
des miroirs et cette qualité fait des merveilles pour les objets environnants qui s’y reflètent. »
Parmi ses créations les plus connues, il y a notamment une chaise en forme de boîte de 40 centimètres de
côté, nommée Box in Four Movements (1994), qui a été réalisée en quatre sections, dont trois peuvent
être ajustées à toute hauteur et à tout angle. Des joints à crémaillère permettent une fixation précise et
comme les sections sont articulées au moyen de barres de torsion, la chaise a du ressort en plus d’être
confortable.
La même année, M. Arad a dévoilé son D Sofa, un divan bas et allongé, fait d’acier inoxydable
parfaitement poli et dont le siège et le dossier ne se touchent qu’en trois points.
D’autres créations du même artiste sont dignes de mention : un vase d’acier inoxydable (Alessi, Italie
2002); des installations pour L’Esprit du Nomade à la Fondation Cartier de Paris (1994);
Screw, un tabouret dont le siège et le repose-pieds sont faits d’acier inoxydable au fini satiné,
sur une base et une colonne d’aluminium lustré (Driade, 2006); la Well-Tempered Chair, qui présente
un usage ingénieux des propriétés d’un ressort d’acier revenu, maintenu en tension par des boulons (Vitra,
1986); la série Big Easy de chaises noires faites de feuilles d’acier pliées et soudées (1988-1989,
modifiée en 2003) et la Ripple Chair (Moroso, 2005).
La toute dernière œuvre de M. Arad, Thumbprint, est faite de tiges d’acier inoxydable S31600 et,
selon son créateur : « La seule façon dont nous pouvons la réaliser, c’est d’appliquer les tiges une à une.
C’est un processus très laborieux, mais les résultats sont stupéfiants parce qu’on obtient des motifs issus
des caractéristiques structurales de la pièce et non de notre volonté. »
L’artiste, véritable original, a la réputation de rompre avec les conventions. « Ses meubles ont
revitalisé une discipline qu’il considérait trop attachée au matériel "approprié" et à l’apparence
"adéquate", selon les commentaires publiés sur le site Web artandculture.com (San Francisco,
Californie). Du rebut au métal, de la chaise en spirale à l’étagère aux multiples courbes, les designs de M.
Arad continuent de défier les limites acceptables du milieu de vie. »
M. Arad a été directeur du Design Products Department au Royal College of Art (Londres),
de 1999 à 2006, et il continue de donner régulièrement des conférences sur son travail dans des universités
et dans des écoles de design, de par le monde. Il n’est donc pas étonnant que ses œuvres soient une source
d’inspiration pour de jeunes artistes à leurs débuts.
« Il est enseignant, professeur et toujours en train de créer des pièces stupéfiantes, au-delà des
frontières du nouveau », déclare le designer spécialisé dans la création des appareils d’éclairage, Paul
Cocksedge, dans un récent article du journal britannique The Independent. « Il influence fortement
les artistes et il ne veut pas voir de déjà vu. »
Thom Loree est un collaborateur indépendant établi à Toronto.
ILLUSTRATIONS : Ron Arad Associates.

Ron Arad Associates
Chalk Farm, London
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